Communications, n° 119 – « Hybrides, hybridité, hybridation »

Dirigé par Claudine Cohen et Rémi Labrusse

Naguère assimilé à l’impur, au monstrueux, l’hybride a longtemps suscité une répulsion qui pouvait cristalliser des peurs profondes, et le refus de l’altérité. Relégués en marge des catégories définies et des essences valorisées, les êtres nés de mélanges faisaient l’objet d’un jugement méprisant. L’hybridation n’en était pas moins sollicitée, expérimentée, théorisée, dans certaines pratiques d’horticulture, d’agriculture et d’élevage.

Aujourd’hui, l’attention se porte de façon privilégiée sur les formes de mélange et de composition. Les hybrides sont désormais célébrés, encouragés, estimés. Leur omniprésence, non seulement dans les sciences biologiques, où la notion trouve sa première légitimité, mais plus largement dans les discours et dans les représentations collectives, pourrait bien constituer un symptôme de notre temps. L’hybride invite à repenser les modes de relation et d’échange ; il met à l’épreuve les frontières établies et les hiérarchies entre les êtres, les cultures et les formes de vie, en ouvrant la voie à des interactions inédites et diversifiées. Cette insistance traduit-elle une prise en compte de la complexité du réel, ou signale-t-elle une transformation profonde de nos catégories de pensée ? Sur un plan éthique et existentiel, l’hybridation est-elle possible et désirable en tout ? Telles sont les questions que soulève ce numéro de Communications, en interrogeant successivement l’hybridation comme concept, comme valeur et comme risque.

Dépassant les approches disciplinaires, il explore les usages de l’hybride en biologie, en anthropologie et en écologie, en sciences sociales, en art, et jusque dans les fantasmes de l’homme augmenté et du posthumanisme. À travers l’analyse de ces multiples manifestations de l’hybride, les contributions réunies ici s’attachent aux recherches, aux pratiques et aux affects qu’il suscite. Elles donnent ainsi au lecteur la possibilité d’en comparer les formes et d’en interroger la fécondité.

Source